Bonjour Céline, vous êtes à la fois franco-mauricienne, installée en Laponie, très attachée à l’océan Indien et créatrice de Je Papote depuis 2009 : en quoi ce parcours multiculturel façonne-t-il votre manière de raconter La Réunion à vos lecteurs ?
Je pense que ce parcours m'aide avant tout à regarder La Réunion avec beaucoup de curiosité et de respect. Mes origines mauriciennes me rendent naturellement sensible à la culture créole, aux traditions, à la gastronomie et aux liens qui unissent les îles de l'océan Indien. En parallèle, vivre plusieurs mois par an en Laponie m'a appris à apprécier des territoires très différents, où la nature occupe une place centrale.
Quand j'écris sur La Réunion, je ne cherche pas seulement à montrer de beaux paysages. J'essaie de raconter une île vivante, avec son histoire, ses habitants, sa culture et son identité. J'aime donner du contexte pour que les lecteurs comprennent ce qu'ils découvrent, plutôt que de simplement cocher des lieux incontournables.
Vous avez connu La Réunion en mode road trip en 2017 puis en slow travel avec votre fille en 2023, avant d’y revenir encore en 2024 : qu’est-ce qui a le plus changé dans votre façon d’explorer l’île entre ces trois voyages, et qu’est-ce que cela a révélé de la personnalité profonde de La Réunion ?
En 2017, j'étais dans une vraie logique de découverte. Nous étions en road trip et l'objectif était de voir les grands incontournables de l'île.
En 2023, nous découvrions La Réunion avec notre fille, avant de passer un mois à l'île Maurice. Nous n'y restions qu'une semaine, avec une seule envie : ralentir. Nous avons profité des plages, des marchés et de quelques balades, sans chercher à enchaîner les visites.
Cette expérience nous a donné envie de revenir en 2024, cette fois pour trois semaines. Nous avons continué à explorer l'île, mais à notre rythme, en adaptant nos journées à notre fille. Certains jours, une plage ou un marché nous suffisaient amplement.
C'est ce qui m'a fait comprendre que La Réunion se prête parfaitement au slow travel. Plus j'y retourne, plus je réalise que c'est une destination qui se vit autant qu'elle se visite.
Votre blog regorge d’itinéraires détaillés, de survols en ULM/hélico et de bonnes adresses testées : quand vous construisez un séjour de 15 jours à La Réunion, quels sont vos critères pour trouver l’équilibre entre paysages (cirques, volcan, littoral), rencontres locales et moments de respiration pour que le voyage reste vraiment « vivable » ?
Je construis toujours un itinéraire en alternant les expériences. Une randonnée dans Mafate ou au Piton de la Fournaise est extraordinaire, mais elle mérite d'être suivie d'une journée plus calme sur le littoral ou dans un village créole.
J'évite également les changements d'hébergement trop fréquents. Mieux vaut passer plusieurs nuits au même endroit et rayonner autour plutôt que refaire ses valises tous les jours.
J'accorde aussi une grande importance aux marchés, aux producteurs, aux tables locales et aux petites adresses familiales. Ce sont souvent ces moments qui créent les plus beaux souvenirs. Un voyage réussi n'est pas celui où l'on voit le plus de choses, mais celui où l'on prend réellement le temps de vivre l'île.
Vous abordez toujours La Réunion par le prisme de la gastronomie – marchés, recettes créoles, plats comme le poulet massalé : selon vous, qu’est-ce que la cuisine réunionnaise raconte de l’histoire, des métissages et de l’identité de l’île que l’on ne perçoit pas forcément en simple touriste ?
La cuisine réunionnaise est probablement le meilleur reflet de l'identité de l'île. Dans une seule assiette, on retrouve les influences africaines, malgaches, indiennes, chinoises et européennes qui ont façonné La Réunion au fil des siècles.
Un carry, un rougail ou un massalé racontent une histoire de métissage, d'adaptation et de transmission familiale. Derrière chaque recette, il y a souvent plusieurs générations qui l'ont fait évoluer.
Pour moi, découvrir La Réunion passe forcément par sa gastronomie. C'est souvent autour d'une table que les échanges se créent le plus facilement et que l'on comprend réellement la culture locale.
Vous préparez un livre entièrement consacré à La Réunion : par rapport aux contenus déjà présents sur Je Papote, quelles facettes plus intimes, moins visibles ou plus complexes de l’île souhaitez-vous mettre en lumière dans cet ouvrage, et comment conciliez-vous regard d’experte et regard émerveillé de voyageuse ?
Je participe actuellement à l’écriture d’un guide de voyage consacré à La Réunion, et l’on m’a confié la partie dédiée aux bonnes adresses.
C’est un aspect qui me tient particulièrement à cœur, car c’est aussi ce que je partage depuis des années sur Je Papote : dénicher des lieux qui racontent une destination et proposer des expériences testées ou sélectionnées avec soin.
Pour ce projet, j’ai puisé dans mon carnet d’adresses afin de proposer des lieux en accord avec l’esprit de la collection et les attentes de ses lecteurs. Des adresses qui permettent de découvrir La Réunion autrement, à travers ses saveurs, ses savoir-faire et les personnes qui font vivre l’île au quotidien.
Avec votre recul sur l’océan Indien (Maurice, Réunion, Laponie mise à part) et votre expérience du terrain, comment voyez-vous évoluer le tourisme à La Réunion dans les prochaines années : montée du slow travel, enjeux environnementaux, pression sur certains sites emblématiques… et quel rôle des créateurs de contenu comme vous peuvent-ils jouer dans cette transition ?
Je pense que les voyageurs recherchent de plus en plus des expériences authentiques et prennent davantage conscience de leur impact. À La Réunion, cela passe par une meilleure répartition des visiteurs, en valorisant des secteurs moins fréquentés et en encourageant les séjours plus longs.
Les enjeux environnementaux seront également de plus en plus importants. Certains sites sont déjà très fréquentés et il devient essentiel de préserver ces espaces exceptionnels.
En tant que créatrice de contenu, je considère que nous avons une responsabilité. Nous pouvons bien sûr faire rêver, mais aussi encourager un tourisme plus respectueux : expliquer les bonnes pratiques en randonnée, valoriser les producteurs locaux, inciter à sortir des itinéraires les plus connus et donner envie de prendre son temps plutôt que de tout voir en quelques jours.
Pour conclure, quel conseil concret donneriez-vous à quelqu’un qui prépare son premier voyage à La Réunion et qui veut la découvrir « comme vous », c’est-à-dire à la fois par les sentiers, par l’assiette et par la rencontre avec les Réunionnais ?
Je lui dirais de ne pas chercher à tout voir. La Réunion est une île relativement petite sur la carte, mais incroyablement riche et variée.
Prenez le temps de marcher, même sur des sentiers accessibles. Arrêtez-vous sur les marchés, goûtez les spécialités locales, discutez avec les producteurs, prenez le temps de déjeuner dans les petits restaurants créoles et laissez de la place à l'imprévu.
Ce sont rarement les plus beaux panoramas qui restent les souvenirs les plus forts. Ce sont souvent une conversation, un repas partagé ou un lever de soleil sur les montagnes. C'est cette combinaison entre nature, gastronomie et rencontres qui fait, selon moi, toute la magie de La Réunion.
Pour en savoir plus : https://www.je-papote.com/