Interview de Nathaniel Louiso de Accrobranche du Maïdo : Développer une activité d’accrobranche au Maïdo et valoriser le tourisme nature à La Réunion

Nathaniel, vous avez grandi au Maïdo et vous y avez lancé Enlèr Pied'Bois avec votre sœur : qu’est-ce qui vous a donné l’élan de transformer ce lien intime avec le lieu en un véritable projet entrepreneurial d’accrobranche ?

J’ai grandi au Maïdo, un lieu auquel je suis profondément attaché. Avec ma sœur, nous avions envie de partager cette passion pour la forêt et ce territoire avec les autres. L’idée d’Enlèr Pied’Bois est donc née naturellement : créer une activité familiale et locale qui permette de découvrir le Maïdo autrement, au plus près de la nature.

Concrètement, comment avez-vous concilié la création d’un parc accrobranche moderne avec la préservation de la forêt du Maïdo, depuis la conception des parcours jusqu’au choix des installations pour limiter l’impact sur les arbres et les sols ?

Nous avons voulu créer un parc qui s’intègre naturellement dans la forêt, sans la dénaturer. Dès la conception, nous avons privilégié des installations qui limitent l’impact sur les arbres et les sols, avec une implantation réfléchie des parcours. L’objectif est simple : proposer une activité moderne tout en respectant au maximum le milieu naturel qui fait l’identité du Maïdo.

Quels retours vous recevez des différents publics – familles, scolaires, touristes de passage, Réunionnais de longue date – et qu’est-ce que cela vous apprend sur la façon dont les gens souhaitent vivre la nature et la montagne à La Réunion aujourd’hui ?

Les retours sont très positifs et assez différents selon les publics. Les familles recherchent surtout un moment de partage, les scolaires une expérience pédagogique et les touristes une façon originale de découvrir le site. Quant aux Réunionnais, beaucoup apprécient de redécouvrir un lieu qu’ils connaissent sous un autre angle. Cela nous montre qu’aujourd’hui, les gens veulent surtout vivre la nature de manière ludique, accessible et respectueuse.

Le Maïdo a connu des périodes de baisse de fréquentation et d’incendies : quels ont été les principaux obstacles pour relancer l’attractivité du site avec Enlèr Pied'Bois, et comment avez-vous travaillé avec les acteurs locaux (TCO, Ville de Saint-Paul, offices de tourisme) pour y répondre ?

Notre parc n’était pas encore ouvert lors de ces périodes de crise, mais nous les avons suivies avec attention. Ces événements nous ont permis de mieux comprendre les fragilités du site et de renforcer notre vigilance au quotidien, notamment en matière de prévention des risques et de sécurité. Nous souhaitons également travailler en lien avec les acteurs locaux afin de contribuer, à notre échelle, à l’attractivité et à la préservation du Maïdo.

Au-delà du loisir, en quoi un parc accrobranche comme le vôtre peut-il devenir un outil pédagogique et culturel pour valoriser la forêt des Hauts, sensibiliser à la biodiversité réunionnaise et réconcilier certains publics avec la randonnée et le « dehors » ?

Pour nous, l’accrobranche est avant tout une porte d’entrée vers la forêt. Une fois que l’on donne envie aux gens de venir et de découvrir le milieu naturel, on peut aller plus loin dans la sensibilisation. Nous souhaitons notamment développer des actions avec les écoles et participer concrètement à la préservation du site : nichoirs, lutte contre les espèces invasives, replantation d’espèces endémiques, dératisation et protection de la faune locale. L’idée est que les visiteurs repartent avec l’envie de mieux connaître et surtout de mieux protéger cette forêt.

Quand vous vous projetez à 5 ou 10 ans, comment imaginez-vous l’évolution d’Enlèr Pied'Bois et, plus largement, du tourisme nature à La Réunion : diversification des activités, nouvelles attentes des visiteurs, contraintes environnementales accrues… quels scénarios vous paraissent les plus crédibles ?

Dans 5 ou 10 ans, nous souhaitons surtout continuer à développer Enlèr Pied’Bois tout en préservant l’environnement dans lequel nous évoluons. Nous pensons que le besoin de se déconnecter du virtuel et de retrouver des lieux authentiques va continuer à grandir. Beaucoup de personnes cherchent aujourd’hui à fuir le rythme de la ville pour se ressourcer dans les Hauts. Pour nous, l’avenir du tourisme nature passe par ce retour au contact de la nature, avec des activités qui permettent de la découvrir sans la dénaturer.

Pour terminer, quel conseil donneriez-vous à un jeune Réunionnais ou à un porteur de projet qui rêve de créer, lui aussi, une activité de pleine nature dans les Hauts, mais qui hésite à se lancer face aux contraintes administratives, financières et environnementales ?

Le plus important, avant de se lancer, est de savoir pourquoi on souhaite créer ce type de projet. Une activité de pleine nature demande beaucoup d’investissement personnel, du temps et de la persévérance. Nous subissons aussi des contraintes particulières : la météo, les cyclones, le manque d’eau ou encore d’électricité. Mais toutes ces contraintes sont largement compensées par le sourire des visiteurs qui repartent de la forêt après avoir partagé un moment familial et convivial, tout en ayant appris à respecter l’environnement dans lequel ils ont évolué pendant plusieurs heures.

Pour moi, la vraie motivation est de se demander : « Quel impact positif puis-je apporter aux visiteurs aujourd’hui ? » C’est ce qui donne du sens au projet et permet de continuer malgré les difficultés.

Pour en savoir plus : https://www.enler-pied-bois.re

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